Joseph Kabila était accompagné de ses deux vice-présidents, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, ainsi que de Moïse Nyarugabo et de plusieurs officiers. Il s’agit de la première rencontre annoncée entre la MONUSCO et les dirigeants du FRN depuis la création officielle du mouvement, le 12 octobre 2026, à Goma.
Le FRN se présente comme un projet de
refondation
Bertrand Bisimwa explique que la délégation onusienne souhaitait d’abord mieux connaître le FRN, présenté comme le successeur de l’AFC/M23. Le mouvement se définit, selon lui, comme
un agenda national
et une réaction à la tyrannie qui s’installe dans le pays
.Il affirme que le FRN entend assurer une
refondation de la nation
, donner de nouvelles perspectives au pays et rassurer les populations quant à leur avenir. Cette présentation reprend la rhétorique adoptée par le mouvement depuis sa création.Doha : un engagement réaffirmé, des accusations contre Kinshasa
Sur le processus de paix de Doha, Bisimwa assure que le FRN reste engagé. Il précise que le mouvement a hérité de
l’actif et du passif
de l’ex-AFC/M23, ce qui implique, selon lui, la continuité des engagements pris dans ce cadre.Toutefois, il accuse le gouvernement de Kinshasa de ne pas respecter ses engagements.
Nous avons des préoccupations par rapport au processus de paix, où le régime de Kinshasa ne respecte aucun de ses engagements
, a-t-il déclaré.MONUSCO : le FRN s’oppose au renouvellement du mandat
Le renouvellement du mandat de la MONUSCO a été soulevé par James Swan. Bisimwa indique que le FRN s’y oppose, estimant que la mission s’était engagée depuis plusieurs années dans un processus de retrait.
Selon lui, ce renouvellement
ne se fondait sur aucune base
, alors que la MONUSCO aurait, après 28 ans de présence, un bilan qu’il qualifie d’ échec total
. Le FRN souhaite donc que la mission poursuive son retrait plutôt que d’obtenir un mandat supplémentaire.Le rôle de la MONUSCO dans le suivi du cessez-le-feu
Le vice-président du FRN reconnaît que la MONUSCO apporte un appui logistique et technique au mécanisme chargé de suivre l’application du cessez-le-feu dans l’Est du pays. Ce dispositif est chargé de vérifier les violations signalées, d’enquêter sur les incidents et d’en rendre compte aux parties concernées.
La MONUSCO n’y joue toutefois pas un rôle de commandement : elle facilite la coordination logistique, notamment en appuyant le déploiement et le fonctionnement des équipes conjointes chargées des vérifications sur le terrain.
Redéploiement au Sud-Kivu contesté
Le FRN conteste que cet appui puisse servir à justifier un redéploiement de la MONUSCO au Sud-Kivu. Bisimwa estime que la mission était déjà présente dans cette province sans avoir réussi à sécuriser les populations, notamment lors du retrait des troupes du mouvement à Uvira.
Selon lui, la zone aujourd’hui contrôlée par le FRN serait déjà stabilisée. Il affirme donc ne pas voir l’utilité d’un nouveau déploiement de la MONUSCO dans cette région.
Constitution : un risque pour les accords de Doha
Les échanges ont également porté sur l’éventuel changement de la Constitution, que le FRN attribue à une initiative de Félix Tshisekedi. Bisimwa affirme que le processus aurait déjà été lancé.
Selon lui, les accords signés à Doha — la déclaration des principes, l’accord-cadre et les autres protocoles — reposent sur la Constitution actuelle. Il en déduit qu’une révision constitutionnelle ferait
s’effondrer
l’ensemble du processus de paix.Le FRN aurait demandé à James Swan de relayer cette préoccupation auprès des Nations unies et de la communauté internationale.
Une longue liste d’axes militaires dénoncés
Bertrand Bisimwa a également dénoncé ce qu’il présente comme
l’activisme militaire du régime de Kinshasa
sur plusieurs lignes de front. Il affirme que des attaques auraient repris et que de nouvelles zones de tension seraient en train d’être créées.Il cite notamment les axes de Kaziba, Katogota et le Fungi, Mwenga et Akasika, Chabunda, Bunyakiri et la route du parc, Walikale côté Kinyoumba, Pinga et Petit-Nord, Lubero et Katondi, Minembwe, Bassissi et Kalehe. Selon lui, des attaques de drones et des mouvements de troupes au sol auraient été observés, notamment autour de Minembwe, Poinsero et Rugezi.
Minembwe : blocus, pénuries et victimes alléguées
À propos de Minembwe, Bisimwa affirme qu’un blocus aurait été rétabli depuis près d’un mois. Il déclare que des habitants continueraient de mourir de faim et que des malades décéderaient faute de médicaments.
Il rapporte également que les bombardements survenus durant la nuit auraient fait des morts et des blessés. Ces affirmations sont présentées comme la position du FRN et n’ont pas été indépendamment vérifiées dans le cadre de cette déclaration.
Kinshasa accusé de vouloir contourner Doha
Le vice-président du FRN accuse enfin Kinshasa de mener une propagande et de poursuivre ses opérations militaires malgré le processus de paix. Selon lui, le pouvoir viserait la prise de Burhinyi et de Bokobo.
Ce qu’il a signé à Doha, il l’a pris comme engagement, il ne le respecte pas
, affirme Bisimwa.Il indique que le FRN reste
dans la logique de la paix
, mais prévient qu’il ne supportera pas ces attaques
. La déclaration présente ainsi le mouvement comme attaché au processus de Doha, tout en justifiant une vigilance militaire face à ce qu’il attribue aux forces de Kinshasa.Une rencontre à forte portée politique
Cette rencontre intervient alors que la MONUSCO mène des consultations dans l’Est de la RDC sur la protection des civils, l’accès humanitaire et l’appui aux mécanismes de suivi et de vérification du cessez-le-feu.
Elle marque surtout la première rencontre annoncée entre James Swan et les responsables du FRN depuis que Joseph Kabila a pris la tête du mouvement, qui revendique la continuité politique et militaire de l’ancienne coalition AFC/M23.