Souffler le chaud et le froid
Au cœur de sa critique, cette formule résume son accusation :
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En diplomatie, souffler le chaud et le froid est dangereux. Quand tu commences à draguer l’ennemi de ton meilleur ami, qui était aussi ton ennemi (tu as voté contre lui au Conseil de sécurité), où est la loyauté ? Et lorsqu’on multiplie les processus, on finit par exposer ses propres faiblesses et ses mauvaises intentions.
Pour Ibalanky, le problème n’est pas seulement l’absence de résultats : c’est l’absence de doctrine. Une diplomatie, dit-il, doit fixer un cap ; lorsqu’elle hésite entre alliances, rapprochements et ruptures, elle finit par affaiblir la position du pays qu’elle prétend défendre.
Une multiplication des médiations
La critique renvoie à une réalité documentée : la crise de l’Est a donné lieu à une série de processus parallèles ou successifs — initiatives régionales, médiation qatarie à Doha, accord de Washington entre la RDC et le Rwanda, discussions avec l’AFC/M23, et efforts de l’Union africaine.
L’accord de Washington, signé le 27 juin 2025 sous médiation américaine, prévoyait notamment la neutralisation des FDLR, la levée des mesures défensives mises en place par le Rwanda ainsi que le renforcement de la coopération régionale. En parallèle, le processus de Doha a placé l’AFC/M23 — aujourd’hui le FRN — au centre des négociations avec le gouvernement congolais, aboutissant à la signature d’une feuille de route le 15 novembre 2025.
Mais cette abondance d’initiatives n’a pas suffi à stabiliser la situation. L’ONU a elle-même alerté sur l’écart persistant entre les accords signés et la réalité sécuritaire sur le terrain.
Le reproche d’une diplomatie
errante
Ibalanky énumère les étapes d’un périple diplomatique qu’il juge dispersé : Kampala, Nairobi, Luanda, les instances de la Communauté de l’Afrique de l’Est et de la SADC, Lomé, Doha, Washington, Moscou, sans oublier des contacts en Allemagne, au Congo-Brazzaville, au Gabon ou au Burundi.
Son argument est simple : plus un État multiplie les canaux sans hiérarchie ni continuité, plus il donne l’impression de chercher une sortie de crise au cas par cas plutôt que de poursuivre une stratégie cohérente. Cette impression, ajoute-t-il, finit par révéler les faiblesses internes et brouiller le message adressé aux partenaires comme aux adversaires.
Un débat politique, pas seulement diplomatique
Il faut toutefois replacer ces propos dans leur contexte. Claude Ibalanky, ancien coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et ancien ambassadeur itinérant rattaché à la présidence, s’est depuis publiquement éloigné de Félix Tshisekedi. Il est notamment apparu à Goma aux côtés de responsables du Front pour la Refondation de la Nation (FRN).
Sa critique s’inscrit donc aussi dans une rupture politique personnelle. Elle n’en touche pas moins une question centrale pour la RDC : comment concilier la défense de la souveraineté, la recherche d’alliés internationaux et l’urgence d’une paix crédible dans l’Est ?
Le coût du tâtonnement
Ibalanky avance également un chiffre : 123 millions de dollars consacrés à la diplomatie en 2025, qu’il extrapole à près d’un milliard de dollars sur huit ans. Ce coût, affirme-t-il, serait d’autant plus difficile à justifier que les déplacements et les processus n’auraient pas produit la paix attendue.
Au-delà du débat sur les montants, son message politique est sans détour : pour lui, la multiplication des médiations ne remplacera jamais une doctrine étrangère stable.
À force de tourner en rond
, conclut-il, on finit toujours par revenir au point de départ
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