Hier Kadutu, aujourd'hui Nyalukemba, demain ce sera peut-être à Keshero ou à Birere. Des dizaines de maisons parties en fumée en quelques minutes. Des vies entières réduites en cendres. Des enfants qui ne retrouvent plus leurs cahiers d'école. Et face à cela, le même cri de désespoir, les mêmes larmes.
Alors posons la question franchement : pourquoi nos villes brûlent-elles toujours ?
*D'abord, il y a le climat.* Oui.
Cette saison sèche est anormale. Les pluies sont en retard. Il fait plus sec, plus chaud, plus venteux. Les perturbations climatiques ne sont plus une théorie de l'UNESCO, elles sont ici, dans nos collines. Un petit feu de cuisine mal éteint, une braise, et c'est tout un quartier qui s'embrase.
*Ensuite, il y a notre géographie et notre propre faute.*
Bukavu n'est pas une ville, c'est un défi à l'urbanisme. Construite sur des collines abruptes, sans plan, sans lotissement. Goma, coincée entre le lac et le volcan, explose de partout. Résultat : les maisons se collent. Bois contre tôle, tôle contre bois. Un mètre entre deux maisons. Quand l'une brûle, l'autre n'a aucune chance. Nous avons construit des bidonvilles en hauteur, des allumettes prêtes à craquer.
Et comment un camion anti-incendie peut-il passer dans une ruelle de 80 centimètres à Cimpunda ou à Nkafu ? Il ne passe pas. Il regarde, impuissant, la ville brûler depuis la grande route.
*Enfin, et surtout, il y a la responsabilité des dirigeants.*
Oui, il faut le dire. Où est la prévention ? Où sont les bouches d'incendie fonctionnelles ? Où est le service d'urbanisme qui doit interdire de construire sur des sites à haut risque ? Où est la brigade de sapeurs-pompiers équipée, formée, avec de l'eau et de l'essence ?
On ne peut pas continuer à ne venir qu'avec des communiqués de compassion après chaque incendie, avec un sac de riz et une bâche. La compassion ne prévient pas le feu. C'est la politique qui prévient le feu.
*Alors, que faire pour que demain ne brûle pas comme aujourd'hui ?*
C'est possible, et ce n'est pas sorcier.
*1. Pour la population :* Apprenons les gestes simples. Éteindre le brasero avant de dormir. Débrancher la rallonge chinoise surchargée qui alimente trois maisons. Ne pas laisser les enfants près du réchaud. Espacer, même de 2 mètres, deux maisons si on doit construire. C'est une question de survie.
*2. Pour la mairie et l'État :* Il faut un courage politique.
- Interdire et démolir les constructions anarchiques sur les pentes les plus dangereuses de Bukavu.
- Tracer de force des voies d'accès de 4 mètres minimum dans chaque quartier, quitte à déplacer. C'est le pare-feu.
- Équiper réellement nos pompiers. Pas une jeep avec une citerne rouillée. De vrais camions, de vraies casernes à Bagira, à Kadutu, à Goma.
*3. Pour tous :* Créer des comités anti-incendie de quartier. Avec des extincteurs communautaires, des seaux de sable, des numéros d'alerte rapides.
Bukavu et Goma ne brûlent pas par malédiction. Elles brûlent parce que nous avons laissé le hasard et le désordre organiser nos villes.
Le retard des pluies est une alerte de la nature. Écoutons-la. Avant que la saison des pluies n'arrive avec son autre cortège de malheurs : les éboulements et les inondations.
Il est temps d'éteindre le feu, pas seulement dans nos maisons, mais dans notre mauvaise gouvernance urbaine.