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Journée mondiale de la liberté de la presse : à Goma, l’ombre de Willy Ngoma plane sur les échanges entre l’AFC/M23 et les médias

08/05/2026 Shaby 4 vues
Nangaa, Bisimwa, Mbonimpa et les journalistes face aux blessures d’une presse marquée par la guerre
Réunis ce vendredi 8 mai 2026 à Goma à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, les cadres de l’AFC/M23 et les professionnels des médias ont dressé un constat sans détour sur les années de peur, de censure et de violences qui ont marqué l’exercice du journalisme dans l’Est de la RDC.

Autour de la tribune figuraient notamment Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Benjamin Mbonimpa ainsi que Lawrence Kanyuka, devant des journalistes, responsables des médias, représentants de la société civile et autorités locales. Mais au fil des interventions, un nom est revenu avec insistance dans les discours et dans les esprits : celui de Willy Ngoma.

Présenté par les intervenants comme une figure médiatique emblématique du mouvement, son souvenir a traversé les échanges comme le symbole d’une guerre menée aussi sur le terrain de l’information. Plusieurs cadres de l’AFC/M23 ont accusé Kinshasa d’avoir transformé la désinformation en « arme de destruction massive », dénonçant les intimidations, les arrestations arbitraires et les campagnes de haine visant certains journalistes.

Corneille Nangaa : « Le mensonge est devenu une stratégie politique »
Dans son discours d’ouverture, Corneille Nangaa a rendu hommage aux journalistes « qui choisissent la vérité plutôt que le silence ». Il a affirmé que la propagande, les discours de haine et la manipulation médiatique constituent aujourd’hui l’un des principaux dangers pour la cohésion nationale.

« Lorsque le mensonge devient une stratégie politique, lorsque la haine est utilisée pour diviser un peuple et discriminer des communautés, c’est la paix et la dignité humaine qui sont directement menacées », a-t-il déclaré devant l’assemblée.

Le coordonnateur politique de l’AFC/M23 a également opposé la situation des journalistes dans les territoires contrôlés par le mouvement à celle vécue sous le régime de Kinshasa, estimant que les médias dans les zones libérées travaillent désormais « sans crainte d’être inquiétés ».

La presse du Nord-Kivu raconte des années de peur


Le moment le plus marquant de la rencontre est venu des représentants des médias eux-mêmes. Dans une longue présentation, le collectif des professionnels des médias du Nord-Kivu a retracé les difficultés traversées par la corporation avant et après la prise de Goma par l’AFC/M23.

Les journalistes ont évoqué des années d’intimidations, de suspensions des médias, de précarité économique, mais aussi un climat sécuritaire ayant poussé plusieurs professionnels à l’exil ou au silence.

Le collectif a reconnu qu’avant l’arrivée de l’AFC/M23, de nombreux médias évitaient de donner la parole au mouvement par peur de représailles politiques ou sécuritaires. Les responsables des médias ont également dénoncé l’effondrement progressif des structures de représentation des journalistes au Nord-Kivu.

Le massacre du 30 août 2023 ravive les tensions
L’émotion a gagné la salle lorsqu’un représentant de la société civile est revenu sur les massacres du 30 août 2023 à Goma, attribués aux forces wazalendo et aux autorités de l’état de siège.

Devant les journalistes, il a accusé une partie de la presse d’avoir gardé le silence face aux tueries, évoquant plus de cent morts, des dizaines de blessés et des centaines d’orphelins abandonnés.

Dans la salle, plusieurs journalistes ont reconnu qu’à l’époque, le contexte sécuritaire empêchait tout reportage libre sur ces événements. Certains ont affirmé que des sujets produits avaient été refusés par des médias basés à Kinshasa.

Bertrand Bisimwa : « Nous sommes devenus une révolution »
Prenant la parole à son tour, Bertrand Bisimwa a affirmé que l’AFC/M23 ne se considère plus comme une simple rébellion, mais comme « une révolution » porteuse d’un projet national.

Répondant aux questions des journalistes sur l’évolution du mouvement et sur les accusations portées contre lui, il a dénoncé les « mensonges », la « manipulation » et la « désinformation » du pouvoir de Kinshasa, accusé de vouloir détourner l’attention de ses propres échecs politiques et sécuritaires.

Le coordonnateur adjoint de l’AFC/M23 a également appelé les médias à accompagner ce qu’il présente comme un processus de transformation du Congo, fondé sur « un Congo réconcilié avec lui-même », « un Congo démocratique » et « un Congo où il fait bon vivre ».

Bombardements à Mushaki : la guerre rattrape la cérémonie
Alors que la cérémonie touchait à sa fin, les organisateurs ont annoncé en pleine salle des bombardements sur la cité de Mushaki et ses environs, faisant plusieurs victimes et blessés.

Cette annonce a brutalement rappelé que derrière les discours sur la liberté de la presse, la guerre continue de rythmer le quotidien du Nord-Kivu.

Dans les couloirs de la rencontre, plusieurs participants confiaient que l’image de Willy Ngoma continuait de symboliser cette bataille autour du récit de la guerre, de l’information et de la communication politique dans l’Est de la RDC.

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